Éric Bulliard

Né en 1970 à Fribourg (où il vit toujours), Éric Bulliard a suivi des études de lettres (littérature française et histoire de l’art) à l’Université de cette même ville, conclues par un mémoire de licence sur Edmond-Henri Crisinel. Journaliste à «La Gruyère», il est responsable de la rubrique Culture et s’intéresse essentiellement à la littérature, au théâtre, à la musique.
(source viceversalitterature.ch)

L’Adieu à Saint-Kilda
a reçu le prix Edouard Rod 2017 ainsi que le prix littéraire SPG 2018.

livre(s) sélectionné(s)

édition 2018-2019

L'Adieu à Saint-Kilda

paru aux Éditions de l’Hèbe, 240 pages

Le narrateur embarque une amie vers Saint-Kilda, cette île oubliée du monde, hostile à ses habitants et pourtant chérie par eux pendant des siècles. Le narrateur ignore ce qu’il espère trouver sur cette île, dans ce « voyage d’une vie ». Ce ne sont ni la faune ni les paysages qui lui importent mais bien les habitants de Saint-Kilda, mémoires de cette terre.
En parallèle à ce voyage entrepris en 2014 se déroule l’histoire de l’île jusqu’à l’évacuation en 1930 de ses trente-six derniers habitants, annoncée dès le début du roman, où se répète de façon obsédante le constat qui condamne les Saints-Kildiens à l’exil : « ce n’est plus possible ». Les chapitres alternent entre l’excursion du narrateur – qui pourrait s’avérer décevante – et les légendes et témoignages relatifs aux Saint-Kildiens, à la tonalité parfois épique : comment quelques hommes et enfants sont restés neuf mois sur un rocher tandis que le reste de l’île était décimé par la maladie, comment certains ont quitté Saint-Kilda pour l’Australie, comment un autre est parti, revenu, reparti, saisi par la fièvre de l’or. Les pensées du narrateur vagabondent et il se prend à imaginer l’histoire de l’île à partir des documents auxquels il a eu accès : des photos, des témoignages, qui ont entraîné le besoin de se rendre sur place. Ainsi, les deux parties du roman s’entrelacent. En fouillant le passé de Saint-Kilda, le narrateur porte un regard acéré sur la religion, sur le tourisme – passé et présent –, il affiche également un attachement profond pour les habitants de ce qu’il considère comme une utopie : personne ne dirige le village, les gens vivent pour la communauté, ils sont le plus souvent coupés du reste du monde, satisfaits de ce qu’ils ont, n’ayant pour la plupart jamais rien connu d’autre.
Si la richesse de cet « adieu » passe notamment par une structure complexe et maîtrisée à la perfection, elle se révèle aussi dans un style à la fois visuel et émouvant, comme dans cette ultime scène de 1930 durant laquelle le dernier habitant de Saint-Kilda prend soin de fermer toutes les maisons alors que les foyers ont été ranimés par les désormais anciens occupants de celles-ci, comme si l’abandon de l’île pouvait n’être que temporaire.

Ludivine Jaquiéry

les inédits