Marie-Jeanne Urech

Marie-Jeanne Urech, née à Lausanne en 1976, poétesse depuis toujours, a commencé par une carrière dans le cinéma, après un diplôme de réalisatrice à la London Film School. Après trois longs métrages documentaires, elle s’est tournée vers l’écriture. Depuis un premier recueil de nouvelles, Foisonnement dans l’air, paru à L’Aire en 2003, elle enchaîne recueils de nouvelles (L’amiral des eaux uséesLe train de sucre) et romans (La salle d’attenteLe syndrome de la tête qui tombeDes accessoires pour le paradisLes valets de nuit) qui lui valent le Prix Rambert et le Prix Bibliomedia.

livre(s) sélectionné(s)

Édition 2023-2024

K comme almanach

paru aux éd. Hélice Hélas, 2022, 120 pages

Présenté comme roman écologique sur la page de son éditeur Hélice Hélas, K comme Almanach propose une fable étonnante mettant en scène Simon, un homme qui allume chaque soir les lampadaires de sa ville alors que la population migre peu à peu vers une planète idéalisée, Belgador.
Malgré le fait que son univers soit en train de s’effondrer et de se faire dévorer par une végétation gourmande, Simon résiste, effectuant méticuleusement son travail chaque soir. Un jour, il découvre un enfant « perdu-retrouvé » qui semble en exil et le recueille spontanément, lui transmettant peu à peu les ficelles de ce métier qu’il chérit.

Avec une plume originale et délicate, Marie-Jeanne Urech interroge nos sociétés en excès et leurs fragilités. Sur cette planète que les habitant·e·s cherchent à fuir, Simon persiste à allumer chaque soir les lumières, à repousser l’ombre, bientôt accompagné d’un petit qui ne parle pas, mais apprend vite.
Roman de transmission, songe environnemental, le texte s’inscrit dans la lignée du Petit-Prince de Saint-Exupéry ou des Fleurs bleues de Queneau, mélangeant fantastique et réalité et questionnant nos quotidiens et notre futur, sans poser de regard moralisateur sur les fissures qu’il révèle.

Velia Ferracini

édition 2019 – 2020

La Terre tremblante

paru aux Éd. Hélice Hélas, 128 pages, 2018

Le réveil est un peu tardif, mais on y est : la planète va mal et ça ne va pas s’arranger. Nombre d’auteurs abordent le sujet, qui, sous la forme romanesque, qui sous la forme d’un essai ou d’un pamphlet. La grande originalité de Marie-Jeanne Urech est de mêler dans sa fable absurde et poésie pour dénoncer les dérives de l’industrie agro-alimentaire, du trafic d’organes... La liste est longue !
Bartholomé de Ménibus voulait savoir ce qu’il y avait derrière la montagne qu’il voit depuis son enfance, et a entamé un très long périple qui lui fera découvrir un monde .. ressemblant beaucoup au nôtre. Nous le suivons au long de son errance, tout comme Rose, surnommée « l’ange boiteux » qui prend la route après lui, en lui écrivant une longue lettre pleine d’affection dont on ne sait s’il la lira un jour.

Dominique Bressoud

édition 2016-2017

L'ordonnance respectueuse du vide

paru aux Editions de L’Aire, 2015

C’est en plein carnaval qu’un étranger – le premier depuis des temps immémoriaux – faitson apparition dans la ville isolée de Z. De ce jeune homme, dont la main gauche est barrée d’une énigmatique cicatrice encore rose, on ignore presque tout, jusqu’à son nom de baptême. Significativement rebaptisé Modeste, il trouvera un logement et s’établira comme « artisan-meublier », malgré l’accueil peu engageant que lui réserve cette bourgade à l’« opulence discrète, mais ravageuse ».
La ville de Z, ses innombrables chantiers hérissés de grues qui paraissent avoir remplacé les arbres, ses citoyens pragmatiques et crédules, son « Mairesse » au sexe incertain et surtout son bienfaiteur mystérieux, Monsieur Island, se révèlera assez rapidement un faux paradis de l’immobilier (et du mobilier). Seule une poignée de religieuses à l’agonie élèvent leurs voix contre la corruption et à la vacuité de cet univers factice, dans la mesure de leurs faibles moyens. Modeste quant à lui s’entête à détonner en réalisant de manière de plus en plus frénétique des meubles dont personne – à par Elytre, sa jeune fiancée muette, et la Mère supérieure – ne veut.
Ce récit à la langue espiègle, oscillant entre le réalisme magique d’un Garcia Marquez et le conte de fées désillusionné, peut dans un premier temps désarçonner par son caractère fantaisiste. Mais cette apparente légèreté, comme les immeubles de luxe de Z, n’est qu’une façade. Derrière un humour qui peut parfois sembler potache pointe une ironie cinglante, et la dimension allégorique de la fable ne laisse pas le lecteur se méprendre bien longtemps sur les cibles, celles-là bien réelles, que vise Marie-Jeanne Urech dans L’Ordonnance respectueuse du vide.

Eva Baehler

Edition 2011-2012

Les Valets de nuit

paru aux Editions de l’Aire, 2010

La crise des subprimes qui a dévasté la ville de Cleveland, aux Etats-Unis, en 2008, a visiblement inspiré les artistes vaudois. Au film-documentaire Cleveland contre Wall Street du réalisateur Jean-Stéphane Bron, l’auteure Marie-Jeanne Urech ajoute sa propre version de la tragédie.
Cette Lausannoise de 35 ans a d’abord passé cinq mois sur place, en trois voyages successifs, pour en ramener des images fortes : fermetures d'usines, expulsions, ventes aux enchères à même les trottoirs, rues vides, maisons abandonnées, pillées. Mais là s’arrête le réalisme, car tout le reste de ce quatrième roman est né de l’imaginaire hyperactif de l’auteure. On y côtoie par exemple, dans le désordre, des anges gardiens, Barack Obama ou un distributeur de frites vivant.
A mi-chemin entre les univers de Boris Vian et de Roald Dahl, Les Valets de nuit est une fiction allégorique, onirique, tragi-comique, parfois absurde, toujours poétique.

Blaise Hofmann

les inédits

Edition 2011-2012

Tu verras, il y a un train fantôme qui traverse une église !

« N’en déplaise à Christophe Colomb, pas besoin de traverser les océans pour découvrir de nouveaux mondes. À 15 ans, j’ai découvert le mien. »

Quand j'avais 17 ans