Marie-Jeanne Urech

Marie-Jeanne Urech, née à Lausanne en 1976, poétesse depuis toujours, a commencé par une carrière dans le cinéma, après un diplôme de réalisatrice à la London Film School. Après trois longs métrages documentaires, elle s’est tournée vers l’écriture. Depuis un premier recueil de nouvelles, Foisonnement dans l’air, paru à L’Aire en 2003, elle enchaîne recueils de nouvelles (L’amiral des eaux uséesLe train de sucre) et romans (La salle d’attenteLe syndrome de la tête qui tombeDes accessoires pour le paradisLes valets de nuit) qui lui valent le Prix Rambert et le Prix Bibliomedia.

livre(s) sélectionné(s)

édition 2016-2017

L'ordonnance respectueuse du vide

paru aux Editions de L’Aire, 2015

C’est en plein carnaval qu’un étranger – le premier depuis des temps immémoriaux – faitson apparition dans la ville isolée de Z. De ce jeune homme, dont la main gauche est barrée d’une énigmatique cicatrice encore rose, on ignore presque tout, jusqu’à son nom de baptême. Significativement rebaptisé Modeste, il trouvera un logement et s’établira comme « artisan-meublier », malgré l’accueil peu engageant que lui réserve cette bourgade à l’« opulence discrète, mais ravageuse ».
La ville de Z, ses innombrables chantiers hérissés de grues qui paraissent avoir remplacé les arbres, ses citoyens pragmatiques et crédules, son « Mairesse » au sexe incertain et surtout son bienfaiteur mystérieux, Monsieur Island, se révèlera assez rapidement un faux paradis de l’immobilier (et du mobilier). Seule une poignée de religieuses à l’agonie élèvent leurs voix contre la corruption et à la vacuité de cet univers factice, dans la mesure de leurs faibles moyens. Modeste quant à lui s’entête à détonner en réalisant de manière de plus en plus frénétique des meubles dont personne – à par Elytre, sa jeune fiancée muette, et la Mère supérieure – ne veut.
Ce récit à la langue espiègle, oscillant entre le réalisme magique d’un Garcia Marquez et le conte de fées désillusionné, peut dans un premier temps désarçonner par son caractère fantaisiste. Mais cette apparente légèreté, comme les immeubles de luxe de Z, n’est qu’une façade. Derrière un humour qui peut parfois sembler potache pointe une ironie cinglante, et la dimension allégorique de la fable ne laisse pas le lecteur se méprendre bien longtemps sur les cibles, celles-là bien réelles, que vise Marie-Jeanne Urech dans L’Ordonnance respectueuse du vide.

Eva Baehler

Edition 2011-2012

Les Valets de nuit

paru aux Editions de l’Aire, 2010

La crise des subprimes qui a dévasté la ville de Cleveland, aux Etats-Unis, en 2008, a visiblement inspiré les artistes vaudois. Au film-documentaire Cleveland contre Wall Street du réalisateur Jean-Stéphane Bron, l’auteure Marie-Jeanne Urech ajoute sa propre version de la tragédie.
Cette Lausannoise de 35 ans a d’abord passé cinq mois sur place, en trois voyages successifs, pour en ramener des images fortes : fermetures d'usines, expulsions, ventes aux enchères à même les trottoirs, rues vides, maisons abandonnées, pillées. Mais là s’arrête le réalisme, car tout le reste de ce quatrième roman est né de l’imaginaire hyperactif de l’auteure. On y côtoie par exemple, dans le désordre, des anges gardiens, Barack Obama ou un distributeur de frites vivant.
A mi-chemin entre les univers de Boris Vian et de Roald Dahl, Les Valets de nuit est une fiction allégorique, onirique, tragi-comique, parfois absurde, toujours poétique.

Blaise Hofmann

les inédits

Edition 2011-2012

Tu verras, il y a un train fantôme qui traverse une église !

« N’en déplaise à Christophe Colomb, pas besoin de traverser les océans pour découvrir de nouveaux mondes. À 15 ans, j’ai découvert le mien. »

Quand j'avais 17 ans