Olivier Vonlanthen

Olivier Vonlanthen est né en 1987, il a grandi à Fribourg, où il vit toujours. Après des études de littérature française et d’histoire de l’art, puis se dirige vers une formation d’enseignant. En parallèle de cet itinéraire académique cousu de fil blanc, il mène plusieurs activités qui relèvent autant du choix que de la nécessité : travail dans un supermarché, service dans un café, veille de jour dans un centre d’accueil pour personnes en situation de précarité, entretien du paysage et accompagnement de la réinsertion socio-professionnelle. Ces expériences nourrissent ses préoccupations sociales et sa conscience politique. Depuis 2015, il enseigne le français au Collège de Gambach. En 2022, il obtient le Prix de poésie C.F. Ramuz avec ossuaires, son premier recueil de poèmes.

  • Olivier Vonlanthen a eu 17 ans en 2004.

livre(s) sélectionné(s)

Edition 2026-2027

Notre-Dames-des-Démolies

éd. La Veilleuse

L’AVIS DU COMITE DE LECTURE

Notre-Dame-des-Démolies est un premier roman mais ce n’est pas le premier ouvrage d’Olivier Vonlanthen (né en 1987). En 2022, celui-ci a en effet reçu le prix C. F. Ramuz pour un recueil de poésie ossuaires (Éditions Empreintes) lequel attestait déjà de l’importance que cet écrivain prometteur accorde au travail de la langue.
Le livre de Vonlanthen relate un fait divers des plus tragique et troublant : le 20 janvier 1968, à Montpellier (France), Marguerite Sabatier d’Espéran (descendante de la marquise de Sévigné) a été assassinée de neuf coups de couteau par Martha Grossrieder, sa dame de compagnie, une Fribourgeoise de trente-sept ans qui, avant de se dénoncer à la police, a méticuleusement nettoyé l’arme du crime, rhabillé le corps et l’a disposé dans une mise en scène passablement grotesque ; le 16 février suivant, celle-ci a été internée à l’hôpital psychiatrique de Font d’Aurelle, les autorités ayant conclu au caractère démentiel de son acte.
L’épigraphe du roman, empruntée au poète Antonin Artaud, suggère que la folie et l’angoisse mortifère du personnage ne sont ni un hasard ni une fatalité, elles ont été
« fabriquées ». Ici, il n’est pas inutile d’avoir en tête ce que les surréalistes ont dit et soutenu de la disparition du peintre Vincent van Gogh (« le suicidé de la société ») ; il n’est pas vain, non plus, de rapprocher le geste de Martha de celui des sœurs Papin qui, en 1933, ont massacré leur patronne et dont Jean Genet s’est inspiré pour sa pièce Les Bonnes (1947).
Avec Notre-Dame-des-Démolies, Vonlanthen démontre qu’il a d’emblée trouvé sa voix narrative. Les qualités essentielles de son récit résident, d’une part, dans la richesse, l’intelligence et l’exigence de sa forme et de sa langue ; et, d’autre part, dans la pertinence du point de vue à partir de lequel il est conduit, l’histoire rapportée n’étant pas simplement racontée mais de bout en bout écrite de façon que sa « matière » et son traitement fournissent aux lectrices et aux lecteurs des pistes pour comprendre les dimensions psychologiques et sociales du processus au terme duquel Martha est submergée par la fureur et bascule dans le meurtre.
Se distinguant du témoignage et de l’enquête, Notre-Dame-des-Démolies ne se réduit pas à une simple transposition du vécu ni à une exhumation d’un douloureux épisode familial (Martha figure dans l’arbre généalogique d’Olivier Vonlanthen).
L’intrigue de Notre-Dame-des-Démolies (entrecoupée de courtes séquences « documentaires » ou « référentielles » visant à l’ancrer dans la réalité historique ou à orienter son interprétation) est restituée à rebours, sur le mode d’une « remontée » chronologique.
La dérive funeste de cette « femme qui ne pos[ait] jamais de questions et qui fai[sai]t ce qu’on lui demand[ait] », et qui s’est épuisée à contenir, sinon à exorciser, « une profonde peur des hommes, de l’amour et du sexe », car « aux tréfonds de son cœur bigot [s’étaient] déposés les ferments d’une foi noire, maladive et dangereuse », découle de son absolue soumission à l’ordre du monde.

L’explosion psychotique de janvier 1968 qui emporte et brise Martha (quand elle agresse et anéantit sa victime) s’explique par la somme de frustrations et d’inhibitions qui n’ont cessé d’entamer et d’ébranler son équilibre : dès son enfance à Ueberstorf, avec « la culpabilité de tout comme un cloaque au fond de soi » ; puis, à Matran, en 1956, lorsqu’elle est l’employée d’un foyer aristocratique ; ensuite, à Rabat, en 1958, quand elle est nounou au service d’un couple de diplomates iraniens ; et encore, à Fribourg, en 1960, auprès de sa sœur, Régine, de ces cinq enfants et de leur père.
De sa phrase (conçue en de somptueuses périodes en écho des multiples sollicitations du réel dont les individus sont l’objet) et de son texte, Vonlanthen fait un puissant instrument d’investigation des conflits et des misères qui assaillent et accablent les humains, en particulier quand ils sont fragiles et pauvres (ainsi que le sont Martha et énormément de ses voisins du quartier de l’Auge : Notre-Dame-des-Démolies évoque Fribourg et sa Basse-Ville comme aucun ouvrage ne les dépeint depuis probablement les livres de Jacques Chessex).
À l’image de Charlotte Delbo (qu’Olivier Volanthen cite et mentionne), la démarche mise en œuvre par le romancier tout au long de sa Notre-Dame-des-Démolies ne confond aucunement le « vrai » et le « véridique », son « mentir-vrai » (pour reprendre la formule de Louis Aragon) permettant au « réel » et à la vérité de Martha Grossrieder de sourdre sous la fiction, ses masques et ses licences.
Jean-Michel Devésa

les inédits

Edition 2026-2027

Champs Phlégréens

À dix-sept ans tu as la tignasse de ton caractère, rien de bien organisé, quelque chose situé entre le crin animal et une façon polie de dire je vous emmerde.
À dix-sept ans tu prends le train pour Naples comme si c’était une trottinette, comme ça en passant. Il t’a fallu pourtant passer pas le blanc-seing officiel de tes parents, une petite lettre coincée dans le fond du sac que tu te gardes cependant bien de signaler à quiconque. L’aventure avec autorisation n’est plus l’aventure.(...) cliquez pour lire la suite.

l'inédit