Ed Wige

Ed Wige (Danika Hanz) est née en 1984. Elle a étudié les relations internationales puis à l’Institut littéraire de Bienne. Depuis, elle se consacre à l’écriture. Elle est membre de différents collectifs littéraires comme AJAR ou Particules et elle s’intéresse à l’écriture à plus de deux mains. Elle habite à Renens.

  • Danika Hanz a eu 17 ans en 2001.

livre(s) sélectionné(s)

Edition 2026-2027

Travelling

Paulette Editrice

AVIS DU COMITE DE LECTURE

Deux personnages aux prénoms épicènes — Deniz et Andrea — et une langue qui relève le défi : ne pas genrer les deux protagonistes. Un exercice complexe et parfaitement réussi, qui peut faire penser aux contraintes oulipiennes, comme celle mise en œuvre dans La Disparition. Pourtant, contrairement à la disparition de la lettre « E » chez Perec, les genres ne disparaissent jamais vraiment dans Travelling. Le livre d’Ed Wige est peuplé de « ils », de « elles », de « iels », chacun désignant une identité singulière, reconnue par la langue dans sa particularité. C’est précisément dans ce contexte que l’absence de genre attribué aux deux protagonistes prend toute sa force. D’une part, il les universalise. Ce sont deux êtres humains, deux personnes. Point. D’autre part, ce choix crée une sorte de bug. Il nous confronte à l’émergence d’un questionnement — aussi inévitable qu’urgent dans son actualité — qui nous accompagne tout au long du roman et nous oblige à faire face à notre besoin de leur attribuer un genre, voire à notre habitude de penser et de lire (les êtres humains) en ces termes. Et au fur et à mesure qu’on avance dans la lecture, la question finit par se déplacer : pourquoi aurais-je besoin de le savoir ? Qu’est-ce que cela changerait ? Et le roman semble répondre peu à peu : rien.
Le titre et l’épigraphe nous y préparent bien. Le livre nous introduit, de manière presque cinématographique — pensons au mouvement du travelling —, dans un voyage en cours : la vie de couple de Deniz et Andrea. Après des années de séparation en raison des missions à l’étranger d’Andrea et de son retour en Suisse, tous deux décident de partir pour Shanghai, où Deniz l’accompagne, mais sans possibilité de travailler. C’est ce voyage-cadre qui nous permet de les observer s’aimer, se manquer, se reconnaître, se déraciner, se perdre, tenter de se retrouver et se confronter à un quotidien dans lequel il est difficile de ne pas se projeter : l’amour et la sexualité, certes, mais aussi la recherche d’un travail, son absence ou son poids, le sport, les dîners, les amis, la gestion d’un appartement, le désir et l’arrivée d’un enfant. Bref, la vie d’un couple de trentenaires dans le monde d’aujourd’hui, qui s’aiment, se cherchent, se redécouvrent, négocient leurs espaces et leurs rôles, au cœur d’un enjeu relationnel où les pertes commencent petit à petit à peser plus lourd que les gains. « Stop & Exit », « Exit & Stop » : cette formule qui émerge vers la fin du roman jusqu’à donner son titre à la dernière partie n’est d’ailleurs pas sans rappeler la commande informatique que l’on applique quand un programme plante, ou encore la stratégie financière par laquelle on cherche à éviter un krach. Mais, quel que soit le destin du couple, il reste un enfant qui s’égratigne les genoux, et le voyage (le leur, et au fond le nôtre à tous) continue.
Martina Della Casa, mai 2026

les inédits

Edition 2026-2027

L'effet papillon

Imagine une jeune fille assise dans un salon. Au deuxième étage, une jeune fille dans un trois-pièces : deux chambres, une cuisine et le salon. Dans la chambre de la jeune fille s’amoncellent des habits sur une chaise, on ne perçoit plus les contours de la chaise, car il y a trop d’habits déposés jour après jour sur la chaise. La deuxième chambre est celle de sa mère, mais la mère n’y dort que rarement puisque le canapé du salon est si confortable, qu’il lui permet de s’endormir tranquillement devant la télévision. Et puis, il y a la cuisine d’où émanent toujours des senteurs des Balkans. Imagine un peu. (...) cliquez pour lire la suite.

l'inédit