Nétonon Noël Ndjékéry

NNN est né en 1956 à Moundou au Tchad. Sa carrière d’auteur débute avec une première nouvelle publiée par Radio-France Internationale. Depuis, il habite sur les rives du Léman, en Suisse. Dans ses écrits, Nétonon Noël Ndjékéry flirte autant avec la nouvelle, le théâtre qu’avec le roman.
A ce jour, il est l’auteur de trois romans : Sang de kola (1999, l’Harmattan), Chroniques tchadiennes (2008, In Folio) et Mosso (2011, In Folio). En 2014, il publie un recueil de nouvelles La minute mongole aux éditions de la Cheminante. En 2017, il reçoit le Grand Prix Littéraire National du Tchad pour l’ensemble de son œuvre.

Nétonon Noël Ndjékéry a eu 17 ans en 1973.

livre(s) sélectionné(s)

Édition 2023-2024

Il n'y a pas d'arc-en-ciel au Paradis

paru aux éd. Hélice Hélas, 2022, 349 pages

Sur les ailes de la mémoire, plus d’un siècle de l’histoire du Tchad est parcouru. Dans une écriture vivante et poétique, pleine d’humour, où les images et personnifications viennent alléger les réalités les plus sombres, la Grande Histoire se déroule parallèlement aux existences de Tomasta, Zeïtoun et Yasmina, d’anciens esclaves. Tout commence par ce trio désireux de fonder une société nouvelle sous l’égide de la scolopendre dont la légende délivre le message suivant : l’individu n’a de sens que par le collectif et vice-versa. Toute forme d’esclavage sera bannie.

C’est Tomasta qui a pensé à tout. Le lieu ? Une île, baptisée Keyba en hommage à son village natal. Le projet ? Tout faire pour que les habitant.e.s – né.e.s sur l’île ou réfugié.e.s, mais aussi leurs descendant.e.s – n’oublient rien ; pour qu’elles et ils connaissent le passé, apprennent du présent, fassent acte de mémoire pour l’avenir. Il est indispensable de maîtriser la lecture et l’écriture afin de s’affranchir par la connaissance. Pourtant, la liberté est-elle réellement envisageable quand des intérêts et enjeux de pouvoir qui vous dépassent sont de la partie ? Quand bien même l’Indépendance de la Baobabia serait une illusion, cela vaut la peine de lutter pour elle. Un des personnages est même invité à consacrer une partie de son éternité à réfléchir à cette question…

Si la valeur de l’écrit est fondamentale dans le roman, les récits oraux ne sont pas en reste. Les personnages racontent leurs légendes, n’hésitant pas à les transformer en réalité pour le besoin (celle de la dénékandji par exemple) ; ils retracent – jamais à la première personne, souvent en italique – leur parcours aux allures de contes riches d’enseignements. Tout ceci est consigné dans Ndadji, le cahier relatant l’histoire de Keyba. En somme, conserver les souvenirs, quelque part, c’est tenter de figer le savoir pour le besoin de l’instruction des générations futures. En vain peut-être, puisque le temps, fluide, ne cesse de s’écouler, et que le monde continue sa marche, amenant son lot de nouveautés pour le meilleur ou pour le pire. Il est impossible d’y échapper.

Ce n’est sans doute pas un hasard si Tomasta a choisi une kirta, c’est-à-dire une île « nomade » (p. 111) de la Grande Eau pour terre d’asile. Elle rappelle le passage du temps et révèle tout à la fois que l’on peut se retirer, fuir, tout recommencer en créant une nouvelle société, mais que cette parenthèse ne dure qu’un moment, qu’il est impossible de rester indéfiniment en marge. Ici, le lieu clos, isolé, participe malgré tout du mouvement général.

Ludivine Jaquiery

édition 2020 – 2021

Au petit bonheur la brousse

paru aux éditions Hélice Helas, 2019, 448 pages

Bendiman, 15 ans, Tchadien né à Genève, doit suivre ses parents, employés de l’ambassade, lorsqu’ils sont rappelés dans leur pays d’origine. Et cet adolescent, qui menait une vie heureuse entre ses parents et sa marraine genevoise avec les Alpes et le Jet d’Eau pour horizon, se trouve en un instant confronté à une réalité terrible lorsque ses géniteurs sont embarqués pour « raison d’état » juste après l’atterrissage au Tchad, sans qu’aucune explication n’en soit donnée. Bendiman, à l’intelligence aiguë et doté d’un sens de la justice inaltérable, avec pour seule aide celle de son oncle Prosper, va employer toutes ses forces pour les retrouver et les délivrer. Candide que rien n’arrête, il saura s’adapter au milieu des siens qui l’appellent Bounty, le « négropolitain » ou « mini Tell », ce dernier surnom attribué parce qu’il s’identifie à son héros, Guillaume Tell, dans les mauvais moments. Mais s’engager dans les troupes des rebelles, dans un pays où les superstitions règnent en toute puissance (on le croit protégé par « l'esprit de Genève ») ne se fera pas sans perdre ses espoirs et son innocence. Pourtant plein d’humour, malicieux, ce roman initiatique est aussi une satire politique à l’écriture magnifique. L’auteur nous embarque dans une épopée baroque, nous laissant espérer que « Post tenebras lux »..

Dominique Bressoud

les inédits

édition 2020 – 2021

Deux mots de trop

Le rétroviseur m’apprend aujourd’hui que j’ai obtenu un bilan en demi-teinte. Je suis reconnu comme écrivain, sans plus ni moins.

Quand j'avais dix-sept ans