Bulliard – Perruchoud – Pidancet

Eric Bulliard, Michaël Perruchoud et Guillaume Pidancet se sont invités sur le pont, ils ont vu se tendre les voiles, et n’ont pu résister au plaisir de conter cette aventure trop incroyable pour ne pas être réelle.

Né en 1970 à Fribourg, Éric Bulliard a suivi des études de lettres (littérature française et histoire de l’art) à l’Université de cette même ville, conclues par un mémoire de licence sur Edmond-Henri Crisinel. Journaliste à «La Gruyère», il est responsable de la rubrique Culture et s’intéresse essentiellement à la littérature, au théâtre et à la musique.
Michaël Perruchoud est cofondateur de Cousu Mouche et directeur artistique du Comité Cousu Mouche. Il a publié plusieurs romans et touche aussi au domaine de la chanson. La plupart des œuvres publiées, soit sur le site soit en livre, par Cousu Mouche passent sous la loupe de Michaël. On lui doit notamment une grande partie des scénarios de Bébert au bistrot.
Guillaume Pidancet a pratiqué divers métiers de la communication et du coaching, en parallèle d’un bachelor à l’Université de Genève axé sur la langue française (littérature et linguistique), il mêle ses connaissance théoriques et pratiques pour aborder le thème de la transmission dans ses créations artistiques. Guillaume est aujourd’hui auteur, comédien, musicien, compositeur et chanteur. Avec son projet de chanson (Capitaine Etc.) il sort deux albums entre 2012 et 2016, et se produit sur plus de deux cents concerts à travers la Suisse, France, Canada, Angleterre, Espagne et République tchèque. Coup de cœur du Chat Noir, découverte du festival Voix de Fête, il travaille également en collaboration avec divers artistes de la francophonie (Lise Martin, Lizzie, Mathias Bressan, Penfield, etc.)
Suite à un stage avec Omar Porras, il crée sa compagnie Les Cartes Postales, avec laquelle il monte deux spectacles: Juste la fin du monde (Lagarce) en 2014 et La Route, le Monstre (Kristof) en 2015. Toujours en 2015, accompagné de la soprano Doris Sergy et du pianiste Alain Porchet, il écrit et monte un conte musical forain, Voyages Extraordinaires. Au sein de Projet XVII, son acuité du texte et son oralité sont employées à faire ressurgir la modernité des œuvres classiques pour en donner un nouvel accès au public.

livre(s) sélectionné(s)

Édition 2021 – 2022

Ceux qui sont en mer

paru aux éd. Cousu Mouche, 197 pages, 2020

Attention
Pour des raisons pratiques, le livre ayant été écrit à six mains :
– la photo actuelle est celle d’Éric Bulliard
– la photo à 17 ans est un souvenir de Michaël Perruchoud

Le Golden Globe Challenge est une course à la voile organisée par le Sunday Times en 1968-1969. Dans cette période où les Américains et les Russes « visent la lune », les Anglais, quant à eux, gardent « les yeux sur l’horizon » car ils savent que « l’Everest des mers » reste à gravir : « réussir le premier tour du monde à la voile, en solitaire, sans escale ni assistance » (p. 22). La course est là pour convaincre les plus indécis à se lancer dans l’aventure ; elle récompensera le premier qui réalisera une circumnavigation planétaire sans aide extérieure, mais également celui qui s’en tirera le plus rapidement. C’est que, dans cette course à nulle autre pareille, les concurrents ne partent pas au même moment ni du même endroit : « chacun peut lever l’ancre quand bon lui semble, entre le 1er juin et le 31 octobre » (p. 24) dans le port britannique de son choix (pourvu que l’arrivée ait lieu à l’endroit où s’est déroulé le départ).
Stimulant les uns, qui y voient une occasion d’entrer dans la légende, et agaçant les autres, qui ne souhaitent pas que le défi qu’ils s’étaient déjà lancé à eux-mêmes n’obtienne une semblable publicité, l’épreuve annoncée par le Sunday Times excite les passions et attire les aventuriers de tous bords : « marins aguerris », « militaires méticuleux », « naïfs enthousiastes » ou encore « poètes aux pieds nus » (p. 67), tous sont prêts à braver vents et marées pour accomplir l’exploit solitaire du Golden Globe, qu’ils soient en quête de renom ou d’absolu, qu’il recherchent la performance ou simplement un moyen de rompre avec le train-train quotidien.
Sur les neuf courageux qui prennent le départ de la course, Bulliard, Perruchoud et Pidancet s’intéressent principalement à ceux qui restent le plus longtemps en mer. Au premier rang desquels figure le gagnant, Robin Knox Johnston, un « jeune capitaine de la marine marchande » (p. 23) qui ne laisse rien au hasard et dont un psychologue a déclaré avant le grand départ qu’il était « désespérément normal » (p. 12), étonnant diagnostique pour quelqu’un qui saura faire preuve d’une ténacité et d’un courage hors norme durant l’épreuve, à l’image de son bateau, « ce bon vieux Suhaili », un petit ketch râblé en teck, « costaud et fiable » qui a prouvé « qu’il ne craint ni le gros temps ni la pétole » (p. 35-36).
Un autre participant de taille est le français Bernard Moitessier qui navigue sur Joshua, un bateau monocoque qui fend les flots avec la même légèreté que celle des dauphins qui l’escortent ; c'est « un peu le Rimbaud des mers », « un vagabond solaire taillé au sel et à l’écume » (p. 15) qui « respire les océans avec un souffle de yogi » (p. 67), ce « barbu romantique », auteur du Vagabond des mers du sud, qui « écrivait les flots comme personne » (p. 16), avec « sa façon mystique, quasiment religieuse de dire la mer » (p. 46) et qui refusera finalement de jouer le jeu de la compétition.
Et puis il reste les perdants magnifiques. Tout d’abord Nigel Tetley, un homme de quarante-cinq ans qui a fait « carrière dans la Royal Navy » et qui, faute de moyens, part à l’aventure sur le bateau dans lequel il vit avec sa femme, « le mal nommé Victress », un trimaran, c’est-à-dire un modèle de voilier à trois coques, moderne pour l’époque, qu’on ne croit pas capable d’accomplir un tour du monde ; drôle de concurrent que ce Nigel Tetley qui s’engage dans la course en toute discrétion et se fait un point d’honneur de conserver une « élégance soignée jusque dans les embruns » (p. 68) ; sa fin tragique et mystérieuse quelques années plus tard ne fait qu’épaissir un peu plus le halo d’étrangeté dont est nimbé le personnage.
Finalement l’ingénieur électronicien visionnaire, Donald Crowhurst, se lance dans un tour du monde alors qu’il n’est qu’un navigateur du dimanche, quoiqu’ancien pilote d’avion. Il croit que le système de flotteurs révolutionnaires qu’il a inventé évitera à son trimaran, Teignmouth Electron, de chavirer. Cependant, une fois en mer, constatant que rien ne fonctionne comme il l’a prévu et que son manque de préparation le met en danger, Crowhurst choisit une voie obscure, celle de tricher et d’établir un journal de bord mensonger, s’acharnant à calculer des positions plausibles et avantageuses pour son bateau, et ce jusqu’à sombrer dans la folie, point à la dérive sur l’océan Atlantique.
En retraçant cette aventure hors du commun, Bulliard, Perruchoud et Pidancet ont bien compris que, quand la réalité paraît plus extraordinaire que la fiction, le roman est le moyen le plus sûr d’approfondir la fascination qu’elle suscite en nous. Résultat d’un travail à plusieurs mains d’une grande unité de ton et de style, Ceux qui sont en mer rend à merveille l’atmosphère de la course qu’il retrace et communique au lecteur l’amour de la voile, mais ce roman fait surtout éprouver au lecteur le sentiment indécidable qui nous saisit quand nous voyons des hommes mêler et confronter leurs forces dérisoires à celles, infiniment plus grandes, du cosmos.

Jean Cornu

les inédits

Édition 2021 – 2022

Reggae Night

Je vois Marie et Juju qui posent les braseros pour allumer des feux. Ya pas à dire, quand les gens sont motivés, ensemble on peut tout faire.

Les 17 ans de Guillaume Pidancet
Édition 2021 – 2022

Et ces désespoirs du petit matin

« Il faudrait parler de foot, de ce but historique que je marque en finale de la coupe fribourgeois des juniors B, au stade de la Motta. »

Les 17 ans d'Eric Bulliard
Édition 2021 – 2022

Quand j'avais 17 ans

Avancer dans les années comme on mâche un chewing-­gum qui perd peu à peu son goût. Et se rebeller contre cette cours de récré trop bien balisée où il faudra vivre encore soixante ou septante ans, si ça se trouve.

Les 17 ans de Michaël Perruchoud